EPIGENESE ET TRANSMISSION TRANSGÉNÉRATIONNELLE DES TRAUMAS

Une expérience bouleversante ne disparaît pas lorsqu’on meurt. Elle nous survit sous une certaine forme. Pour comprendre comment le traumatisme peut passer d’une génération à l’autre il faut faire la différence entre le génome (l’ensemble de l’ADN présent dans le corps) et l’épigénome (ensemble des modifications chimiques qui régule l’activité des gènes sans modifier la séquence d’ADN), on peut le comparer à du matériel informatique (génome) et les logiciels(épigénome) qui permettent au matériel de fonctionner. En permanence, dans chaque cellule, à chaque instant, l’épigénome change. Il réagit à toutes sortes de facteurs environnementaux : exposition chimique, stress, alimentation etc.…L’épigénome détermine quels gènes seront activés ou inhibés.

Rachel Yehuda, professeure de psychiatrie et de neurosciences des traumatismes au Mount Sinai Hospital à New-York a fait, avec son équipe, une série d’études sur les enfants des survivants de la Shoah, elle a découvert le même marqueur épigénétique chez les rescapés de la Shoah et chez leurs descendants, un groupe plus exposé aux problèmes de santé mentale. En 2015, elle a évalué trente-deux rescapés ainsi que leurs enfants adultes en examinant le gène FKBP5 (régulateur du cortisol), un gène associé à l’anxiété et à d’autres troubles mentaux.

Plus le gène FKBP5 est actif, moins le récepteur du cortisol fonctionne efficacement, ce qui prolonge la réponse au stress.

En extrayant de l’ADN d’échantillons sanguins, l’équipe a identifié des changements épigénétiques dans la même région du gène chez les rescapés et chez leurs enfants ; mais ces modifications étaient absentes dans l’ADN d’un petit groupe de parents juifs et de leur descendance vivant en dehors de l’Europe et n’ayant pas vécu la Shoah.

Plusieurs facteurs peuvent entrer en compte dans la transmission du trauma. Le facteur génétique, nous venons de l’aborder mais aussi l’environnement, les modèles parentaux, l’influence extérieure (scolaire, amicale, l’identité culturelle). L’épigénétique donne une prédisposition à développer un trouble anxieux, qui est la porte d’entrée de toutes les maladies mentales. L’environnement pourra confirmer ou infirmer cette prédisposition.

Rien n’est totalement prédéfini, la thérapie, la méditation, l’alimentation, l’activité physique peuvent aussi modifier notre épigénome.


[1] https://www.nationalgeographic.fr/sciences/biologie-psychologie-epigenetique-expression-genique-les-traumatismes-peuvent-ils-se-transmettre-par-les-genes#:~:text=De%20nouveaux%20éléments%20suggèrent%20que,’activent%20et%20s’inhibent.

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